Art-thérapie et anxiété : ce que disent les études

Art-thérapie et anxiété : ce que disent les études

18 mars 2026

AuteurEmovere Thérapie
Publié le18 mars 2026
CatégorieArt-Thérapie
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Lecture14 min

Le cœur qui s'accélère sans raison, les pensées qui tournent la nuit, la mâchoire serrée en fin de journée : beaucoup de personnes anxieuses cherchent une approche qui ne passe pas seulement par la parole. L'art thérapie anxiété revient souvent dans ces recherches, portée par une promesse simple. Créer apaiserait. La réalité scientifique est plus nuancée, et c'est elle que cet article expose.

Pour la définition de la discipline, son cadre et le déroulé d'une séance, la page consacrée à ce qu'est l'art-thérapie, une séance type et les tarifs fait le tour de la question. Ici, on lit les études une par une, on distingue le stress passager du trouble anxieux, puis on propose trois exercices simples avec un critère d'arrêt clair.

Art-thérapie et anxiété : est-ce que ça marche ?

Les données disponibles suggèrent un effet possible de l'art-thérapie sur l'anxiété, mais elles reposent sur peu d'essais, de petite taille, dont la qualité est jugée faible à très faible. L'art-thérapie peut compléter une prise en charge. Elle ne figure pas parmi les traitements de référence des troubles anxieux.

Quatre travaux reviennent dans presque toutes les discussions sérieuses. Ils n'ont ni le même public ni le même niveau de preuve, et les mélanger produit des affirmations fausses. La plus répandue concerne le cortisol : on lit partout que l'étude de 2016 aurait réduit le cortisol des trois quarts. Elle dit autre chose.

Art-thérapie et anxiété : les quatre études de référence (sources ouvertes le 30 octobre 2026)
ÉtudeType et publicCe qui a été mesuréLimite principale
Kaimal, Ray et Muniz, Art Therapy, 2016Avant-après, 39 adultes en bonne santé de 18 à 59 ansAprès 45 minutes de création libre (collage, argile, feutres), cortisol salivaire en baisse chez 75 % des participants ; pas de différence selon l'expérience artistiqueAucun groupe témoin, personnes non anxieuses, une seule séance
Abbing et al., PLoS One, 2018Revue systématique : 3 essais randomisés, 162 patients adultesEffets sur l'anxiété d'étudiants (examens, symptômes post-traumatiques) et de détenus avant leur sortiePreuves de qualité faible à très faible, risque de biais élevé dans les trois essais
Abbing et al., Frontiers in Psychology, 2019Essai randomisé contre liste d'attente, 47 participantes allées au bout (59 incluses), femmes de 18 à 65 ans avec trouble anxieux généralisé, anxiété sociale ou trouble panique10 à 12 séances individuelles sur trois mois : anxiété en baisse face à la liste d'attente, effet maintenu trois mois plus tardPas d'aveugle possible, participantes attirées par la création, résultats non transposables aux hommes
Joschko et al., JAMA Network Open, 2024Revue de 69 essais randomisés, de 4 à 96 ans, troubles variésEffet modeste toutes mesures confondues (dépression, anxiété, estime de soi, qualité de vie)Qualité des études jugée faible, forte hétérogénéité, anxiété non analysée à part

Lue avec soin, l'étude de Kaimal montre qu'une séance de création s'accompagne d'une baisse du cortisol chez environ trois personnes sur quatre. Une sur quatre n'a pas eu cette baisse. Sans groupe témoin, impossible de savoir si une pause de même durée dans une pièce calme aurait produit le même résultat.

L'essai de 2019 est plus parlant pour une personne anxieuse. Selon ses auteurs, l'anxiété du groupe art-thérapie a baissé de 18,6 % en moyenne, avec un effet jugé important face à la liste d'attente. Il s'agit pourtant d'un seul essai, mené auprès de femmes volontaires.

Ces travaux mélangent aussi les publics : la revue de 2018 inclut des étudiants avec des symptômes post-traumatiques, la méta-analyse de 2024 des enfants comme des personnes âgées. Les données propres à l'art-thérapie pour les enfants anxieux, à l'art-thérapie face au trauma et au PTSD et à l'art-thérapie et dépression sont présentées dans des articles distincts.

Que valent les pourcentages de satisfaction affichés en ligne ?

Plusieurs plateformes de mise en relation publient des taux d'amélioration très élevés pour l'art-thérapie. Ce sont des réponses de leurs propres utilisateurs, sans groupe de comparaison ni mesure validée de l'anxiété. Un tel chiffre renseigne sur la satisfaction d'une clientèle, pas sur l'efficacité d'une méthode. Cet article ne les reprend donc pas.

Stress, anxiété, trouble anxieux : ce que la création peut et ne peut pas faire

La création peut aider à traverser un stress passager ou une anxiété modérée. Face à un trouble anxieux installé, elle reste un complément : les traitements recommandés par l'OMS sont les psychothérapies, en particulier les thérapies cognitives et comportementales, et certains médicaments.

D'après la fiche de l'OMS sur les troubles anxieux, environ 470 millions de personnes en souffraient dans le monde en 2023. Selon la même source, seule une personne sur quatre environ (27,6 %) qui aurait besoin d'un traitement en reçoit un. Le risque, quand on mise tout sur une activité créative, est de retarder une prise en charge qui a fait ses preuves.

Repères pour situer son anxiété et le rôle possible de la création
SituationÀ quoi elle ressemblePlace de la créationQui consulter
Stress passagerTension liée à un événement identifié (examen, échéance, conflit), qui retombe quand il passeUtile comme pause et moyen de décharger la tensionPas forcément de consultation
Anxiété qui s'installeInquiétudes fréquentes, sommeil perturbé, sans gêne majeure au quotidienComplément intéressant, seul ou en atelierMédecin traitant ou psychologue si elle dure
Trouble anxieuxAnxiété intense et durable, crises d'angoisse, évitements, retentissement sur le travail ou la vie socialeComplément possible d'un suivi, jamais à sa placeMédecin traitant, psychiatre, psychologue formé aux thérapies validées

Quelle différence entre stress et anxiété ?

Le stress répond à une situation précise et s'éteint avec elle. L'anxiété porte sur ce qui pourrait arriver ; elle persiste sans menace présente. On parle de trouble anxieux quand cette inquiétude devient excessive, dure, et gêne la vie quotidienne. Seul un professionnel peut poser ce diagnostic.

L'art-thérapie peut-elle remplacer un traitement ?

Non. Aucune étude ne permet d'affirmer qu'elle peut se substituer à la thérapie cognitive et comportementale ou à un médicament prescrit. Un traitement en cours ne s'arrête jamais sans l'avis du médecin qui l'a prescrit.

En cas de crise, d'idées noires ou d'envie d'en finir, il faut appeler son médecin traitant ou le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable jour et nuit. En cas de danger immédiat : le 15 ou le 112.

Pourquoi créer peut apaiser : des hypothèses, pas des certitudes

Pour relier art-thérapie et anxiété, la revue d'Abbing et de ses collègues retient trois mécanismes plausibles : une détente proche de l'état de « flow », un espace sûr pour exprimer des émotions difficiles, et le fait de rendre visibles des pensées confuses. Aucun n'a été démontré de façon solide chez des personnes anxieuses.

Le premier mécanisme est le plus intuitif. Quand l'attention est prise par la matière, la couleur ou le geste, il reste moins de place pour les ruminations. Les auteurs de la revue font l'hypothèse que cet état pourrait faire baisser le cortisol, ce qui rejoint l'observation de Kaimal sans la prouver.

Le deuxième tient au cadre. Avec un professionnel formé, la production devient un intermédiaire : on parle de la forme, de la couleur, de ce qu'on a ressenti en la faisant, plutôt que de soi directement. Pour certaines personnes, cette distance rend la parole moins menaçante.

Le troisième consiste à rendre visible. Une angoisse diffuse, posée sur une feuille, prend un contour. On peut la regarder, la modifier, la mettre de côté.

Les articles qui parlent de « libération de dopamine » ou de « reprogrammation du cerveau » à propos de l'art-thérapie vont au-delà des données publiées. Ces affirmations ne sont pas reprises ici.

Faut-il savoir dessiner pour faire de l'art-thérapie ?

Non. Dans l'étude de 2016, la baisse du cortisol ne différait pas de façon significative entre les participants sans expérience artistique et les plus expérimentés. En art-thérapie, la production n'est ni notée ni jugée sur son esthétique : seul compte ce qui se passe pendant qu'on la fait.

Quelles médiations selon la forme que prend l'anxiété

Aucune étude ne compare les médiations entre elles pour l'anxiété. Les correspondances ci-dessous sont des repères de pratique : elles partent de la façon dont l'anxiété se manifeste chez la personne, dans la tête, dans le corps ou dans le regard des autres.

Médiations créatives et formes d'anxiété : repères de pratique, non validés par des essais comparatifs
Forme d'anxiétéMédiation souvent proposéePourquoi elle est proposéePoint de vigilance
Ruminations, pensées en boucleDessin répétitif, mandala tracé librementLe geste régulier occupe l'attentionPeut devenir une nouvelle exigence de perfection
Tension physique, mâchoires et épaules serréesArgile, pâte à modelerPétrir et écraser engage les mains et la forceLaisser la place au geste doux après le geste fort
Surcharge, sentiment de chaosCollage à partir d'images découpéesTrier et assembler redonne une prise sur le désordreÉviter les images choquantes
Peur du jugement, anxiété socialeCollage, peinture abstraiteRien à représenter, donc rien à réussirMontrer sa production reste un choix
Mains qui façonnent un bol d'argile sur un tour de potier
Pétrir et façonner l'argile engage les mains et la force : une médiation souvent proposée quand l'anxiété se loge dans le corps.

Le coloriage pour adultes a sa place comme activité de détente. Ce n'est pas de l'art-thérapie : il n'y a ni cadre, ni professionnel, ni travail sur ce qui émerge.

Que dessiner quand on est anxieux ?

Rien de précis. Des traits, des cercles, des taches de couleur suffisent. Représenter un objet réaliste ajoute une exigence de réussite qui va à contre-courant de l'apaisement recherché. Quand l'angoisse a une forme, on peut la gribouiller, puis transformer le dessin sur une deuxième feuille.

Trois exercices créatifs pour s'apaiser chez soi

Ces trois exercices d'art-thérapie pour l'anxiété du quotidien sont des outils d'auto-apaisement, pas une thérapie. Ils demandent un matériel courant et se pratiquent seul. Si l'un d'eux fait monter l'angoisse, on l'arrête, et on en parle à un professionnel.

Avant de commencer, il suffit de réunir :

  • quelques feuilles de papier épais, au format A4 ou plus grand ;
  • des feutres, des pastels ou des crayons de couleur ;
  • de la pâte à modeler ou de l'argile autodurcissante ;
  • de vieux magazines, une paire de ciseaux, un bâton de colle.

Exercice 1 : une séance libre sur le modèle de l'étude de 2016

  1. Disposer sur la table le matériel de collage, l'argile et les feutres, comme dans l'étude de Kaimal.
  2. Se donner environ trois quarts d'heure, la durée de l'étude, téléphone éteint.
  3. Choisir un matériau, en changer quand l'envie vient, sans projet ni modèle.
  4. À la fin, noter en une phrase son état avant et après, sans juger la production.

Cette consigne reprend le dispositif de l'étude, rien de plus. Elle ne garantit aucun effet.

Exercice 2 : le cercle qui se remplit

  1. Tracer un grand cercle sur la feuille en suivant le bord d'une assiette.
  2. Partir du centre et répéter une forme simple vers l'extérieur : point, trait, petite vague.
  3. Suivre le rythme de la respiration plutôt qu'un plan.
  4. S'arrêter quand le cercle est plein ou au bout d'un quart d'heure.
Mandala aux couleurs pastel, formé de motifs répétés autour d'un centre
Un motif répété du centre vers l'extérieur : l'exercice du cercle part de ce principe, sans modèle à reproduire.

Exercice 3 : gribouiller la tension, puis la transformer

  1. Sur une première feuille, laisser la main tracer la tension du moment pendant deux ou trois minutes, sans rien chercher à représenter.
  2. Prendre une seconde feuille et reproduire ce gribouillage en le modifiant : arrondir les angles, changer de couleur, ajouter de l'espace.
  3. Poser les deux feuilles côte à côte et observer la différence, sans l'interpréter.

Quand arrêter un exercice créatif ?

Dès que la tension augmente au lieu de baisser. Un souvenir pénible qui surgit, des larmes qui ne s'apaisent pas, une crise d'angoisse : on pose le matériel, on respire lentement, et on revient à quelque chose de concret autour de soi. Si cela se reproduit, ou si l'anxiété gêne le sommeil, le travail ou les relations, il est temps de savoir quand consulter un psychologue et de prendre rendez-vous.

Comment j'utilise les médiations créatives face à l'anxiété

Je ne suis pas art-thérapeute diplômée. Je suis psychologue et danse-thérapeute, et j'utilise parfois le dessin ou le collage comme une porte d'entrée vers le corps et le mouvement, quand les mots n'arrivent pas ou quand ils tournent en rond.

Concrètement, je propose une feuille et quelques feutres, ou des images à découper, en début de séance. Je n'interprète pas ce qui est produit. Je ne cherche pas de symbole caché dans une couleur ou une forme : c'est la personne qui dit, si elle le souhaite, ce que la production lui évoque. Elle peut aussi ne rien en dire.

Ce qui m'intéresse, c'est le geste. Un trait appuyé, une main qui serre le crayon, une respiration qui se bloque pendant qu'on colle. À partir de là, on peut passer au mouvement, ce que je détaille dans l'article sur la danse-thérapie pour l'anxiété et le stress. Cette façon de relier création et corps s'inscrit dans la psychothérapie corporelle, et elle ne remplace pas un suivi médical quand il est nécessaire.

Les situations ci-dessous sont des cas composites illustratifs. Elles ne décrivent aucune personne réelle.

Situation type : l'anxiété qui tourne dans la tête

Une personne arrive en disant qu'elle « pense trop » et qu'en parler l'épuise. On commence par un dessin répétitif, sans consigne de sujet. L'échange porte ensuite sur ce qu'elle a remarqué dans sa main et dans sa respiration pendant le tracé, puis sur un mouvement simple qui prolonge ce geste.

Situation type : l'anxiété qui se loge dans le corps

Une autre personne décrit surtout des épaules raides et un ventre noué. Elle choisit l'argile. La séance part de la pression des mains sur la matière, avant de chercher avec elle une posture ou un geste qui relâche un peu cette tension.

Trouver un accompagnement adapté à son anxiété

Pour une anxiété qui dure ou s'aggrave, la première étape reste le médecin traitant ou un psychologue. Pour une art-thérapie à proprement parler, mieux vaut s'adresser à un praticien formé, par exemple via l'annuaire de la Fédération française des art-thérapeutes (FFAT).

  • Vérifier la formation du praticien, sa supervision et son expérience avec les personnes anxieuses.
  • Demander comment il travaille avec le médecin ou le psychiatre qui suit déjà la personne.
  • Se méfier de toute promesse de guérison ou de durée garantie.
  • Pour choisir entre psychologue, psychothérapeute et psychiatre, le guide pour choisir son psy aide à s'y retrouver.

Le déroulé d'une séance d'art-thérapie, les tarifs pratiqués, les possibilités de remboursement et la façon de trouver un art-thérapeute sont détaillés sur la page générale consacrée à l'art-thérapie. Sur l'art-thérapie et anxiété, la recherche reste à construire : les prochains essais diront si les effets observés tiennent. Si votre anxiété reste supportable, l'un des trois exercices ci-dessus peut servir de point de départ dès cette semaine. Si elle vous empêche de dormir, de travailler ou de voir vos proches, commencez par un rendez-vous médical : la création viendra en complément.

Vanessa Soualle, psychologue (psychologie sociale et du travail), coach certifiée RNCP et danse-thérapeute (400 heures de formation entre 2019 et 2021). Elle reçoit à Raizeux, dans les Yvelines, et en téléconsultation. Elle n'est pas art-thérapeute diplômée : pour une art-thérapie, elle oriente vers un praticien formé, notamment par l'intermédiaire de la FFAT. Le parcours de Vanessa Soualle, psychologue, est détaillé sur la page de présentation du cabinet.

Comment cet article a été préparé : lecture des quatre études primaires qui croisent art-thérapie et anxiété (Kaimal 2016, Abbing 2018, Abbing 2019, Joschko 2024) et de la fiche de l'OMS sur les troubles anxieux, toutes ouvertes et vérifiées le 30 octobre 2026. Les chiffres viennent de ces sources ; les situations décrites sont des cas composites.

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Publie le 18 mars 2026
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